Monument Historique

Musée historique de Villèle

2020 | Concours d'architecture pour le Musée de l'habitation et de l'esclavage

Le site de Villèle se trouve sur la commune de Saint-Paul, Réunion. Il rassemble dans un ensemble unique les traces d’un lieu emblématique, d’une époque, d’un système économique, et de la vie des femmes et des hommes qui l’ont fait exister.

L’analyse du territoire de Villèle montre qu’une logique de «plateaux» a façonné le terrain pour y établir le domaine aux XVIIIe et XIX e siècle. Poursuivant cette logique, le projet crée un nouveau plateau en partie haute du site. Il se matérialise par une longue terrasse bordant la route départementale et qui, en se poursuivant, forme le socle du nouveau bâtiment d’accueil. Les stationnements se répartissent le long de cette terrasse.

La partie neuve du musée s’installe dans trois monolithes minéraux dans la partie haute du site. Ceux-ci reçoivent les différentes parties de l’équipement: accueil, salles d’exposition, administration, conservation. La façade d’entrée du musée s‘ouvre sur un parvis planté. A la vive luminosité extérieure succède l’ambiance tamisée de l’espace d’accueil du nouveau musée, le «foyer» qui met en relation les salles d’exposition, la boutique, l’accès aux services et l’accès au site. Les bâtiments s’ouvrent sur le site, s’inscrivent dans la pente. Les volumes minéraux émergent au-dessus du champ de canne à sucre, les grandes ouvertures des salles d’exposition cadrent le paysage. La lumière s’accroche sur leur peau de béton finement texturée. La résille, devant les façades vitrées, filtre la lumière, sa matière vibre; une grande couverture protège les volumes d’accueil et du restaurant; ailleurs les toitures terrasses végétalisées participent à la biodiversité et à la qualité environnementale du projet.

A l’extérieur, le visiteur chemine  à travers un champ de cannes à sucre vers un belvédère paysager, puis vers l’entrée du site bas, le site historique de l’habitation des propriétaires.

De l’habitation au musée

L’habitation Desbassayns représente un vaste domaine constitué durant la seconde moitié du 18e siècle à partir de plusieurs concessions réunies par la volonté d’une riche famille créole, les Panon Desbassayns.

Ces planteurs créoles n’ont eu de cesse d’accroître ces parcelles plus ou moins larges qui se développaient en lanières depuis le bord de mer, au-delà des pas géométriques et des communes jusqu’à la ligne domaniale située à 1400 mètres d’altitude. L’habitation Desbassayns peut être évaluée à environ 306 ha en 1780, 420 ha en 1791 pour atteindre 492 ha en 1845 dont 277 ha des superficies cultivables concentrées à Saint-Gilles et travaillées par 295 esclaves remplacés par plus de 200 engagés après l’abolition de 1848.

La mort de la veuve Desbassayns en 1846 marque la fin de la prospérité du domaine qui passe entre les mains de ses héritiers, fruits de l’alliance avec une famille noble originaire de Toulouse, les de Villèle.

La crise qui affecte l’économie sucrière à La Réunion durant la seconde moitié du 19e siècle jusque dans les années 1970 ne met pas en péril l’unité foncière du domaine mais induit des changements dans son mode de gestion, avec notamment la constitution de la Société anonyme de Saint-Gilles en 1927, cédée au Crédit foncier colonial en 1960 et rebaptisée Sucreries de Bourbon dix ans plus tard.

Lorsque le Département acquiert en 1974 auprès des descendants d’Ombline Desbassayns le grand domaine de Saint-Gilles-les-Hauts pour un franc symbolique, sa transformation en musée historique est inscrite dans l’acte d’acquisition. Après le muséum d’histoire naturelle (1854) et le musée Léon Dierx (1911), le musée historique de Saint-Gilles-les-Hauts devient ainsi le troisième musée de l’île et le premier établissement créé après la départementalisation.

Premier « musée site » de La Réunion, l’ensemble forme un vaste territoire d’environ 10,5 hectares  inscrit sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 16 juin 1997 et classé dans son intégralité depuis le 12 décembre 2019.  Il est constitué principalement de six éléments architecturaux ; une cuisine traditionnelle créole, un pavillon en bardeaux, un « hôpital » pour les esclaves, une chapelle domestique ainsi qu’une sucrerie, autant de vestiges qui témoignent de l’activité de l’ancienne habitation Desbassayns, qui s’organisent autour de la maison de maître dont l’architecture s’inspire des modèles de Pondichéry.

Localisation: Saint-Paul, Réunion
Programme: concours d’architecture et de paysage pour l’extension et la restauration du musée historique de Villèle
Maîtrise d’ouvrage: Département de la Réunion
Maîtrise d’oeuvre: Stéphane Barbotin-Larrieu_L’atelier architectes/ MDP – Michel Desvignes, paysagiste/ Asselin économistes/L’atelier ingénieurs, bet
Surface: 3 000 m² nouveaux bâtiments, 500 m² bâtiments historiques,
Coût: 18 M€

Statut: livré – Phase 1 (restauration clos et couvert)